La lutte contre la grossophobie est également entre vos mains (même si vous êtes mince)
Avez-vous déjà utilisé le mot « gros » comme une insulte ? Avez-vous déjà été traitée de « potelée » dans votre enfance, exclue du cours de gym ? Ou avez-vous déjà vu quelqu’un sous-estimer l’opinion d’une personne simplement parce qu’elle porte une taille XL ? Ce ne sont là que quelques-uns des signes qui montrent que la grossophobie existe et est partout. La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons nous y attaquer par de petits et grands gestes.

Dès le plus jeune âge, nous apprenons les normes esthétiques considérées comme normales, qui pénalisent les grands corps. Les personnes en surpoids ont dû faire face non seulement à la balance, mais aussi à ceux qui pensent que ce qui est hors norme n’a aucune valeur. Pourquoi certaines personnes s’énervent-elles et pensent-elles avoir le droit de juger ce que quelqu’un d’autre mange, fait ou porte ?
Les commentaires et attitudes grossophobes règnent dans la rue, au travail, à l’école, sur les médias sociaux et même dans les cercles les plus intimes, comme la famille et les amis. Cela se produit même dans les cabinets médicaux, où, dès l’entrée, le médecin ordonne au patient de suivre un régime. Y a-t-il aussi le « je te dis ça pour ta santé » ? Si c’était vraiment le cas, les personnes qui émettent ces critiques sauraient que la stigmatisation des personnes obèses peut avoir un impact négatif encore plus important sur leur santé que le poids lui-même.
Pourquoi la grossophobie existe ?
La grossophobie, c’est le rejet (voire la violence) dont souffrent les personnes grosses du seul fait qu’elles sont rondes ou parce qu’elles sont grosses. Un guide de l’Institut canarien de l’égalité indique qu’il s’agit d’une discrimination fondée sur des préjugés concernant les habitudes, les coutumes et la santé des personnes grosses, qui se nourrissent de la croyance selon laquelle le corps gros répond à un manque de volonté ou d’auto-soin, au fait de ne pas faire assez d’efforts pour être mince, raison pour laquelle il mérite d’être puni ou rejeté.
Mais d’où vient cette haine extrême ? Il y a quelques années, la célèbre actrice Itziar Castro a tweeté : « Des jeunes gens viennent de m’insulter dans la rue parce que je suis grosse. Rien ne se passe, c’est habituel ». Habituel ! Nous avons normalisé le fait que certaines personnes estiment avoir le droit de juger le corps des autres et que le mot « gros » est une insulte. Le problème n’est pas qu’Itziar est grosse. Le problème est que nous donnons au surpoids ce statut négatif.
Une psychologue explique que « la haine des grandes tailles découle d’une société déterminée à se concentrer sur l’extérieur des personnes. Dès notre plus jeune âge, nous recevons des messages selon lesquels un beau corps est un corps mince, sans cellulite, sans vergetures, sans poils… ». Une autre psychologue ajoute qu' »il est de plus en plus facile d’être considéré comme gros. Et nous pointons du doigt les personnes qui sont en dehors de ce que nous considérons comme normatif, commun ou normal ».

Les réseaux sociaux, paradis des grossophobes
La grossophobie n’est pas nouvelle. Elle a été brassée pendant des années. Et les réseaux sociaux ne font qu’aggraver la situation, car ils constituent un moyen direct et rapide d’atteindre de nombreuses personnes. Mais surtout, ils permettent à ceux qui insultent de le faire dans un anonymat et une impunité apparents.
De nombreuses personnalités combattent la grossophobie depuis leurs comptes Twitter ou Instagram. Certaines se définissent comme des survivants des troubles alimentaires (Eating Disorders) et personnes ouvertement grosses.
Mais tout n’est pas négatif sur les médias sociaux. Bien que le chemin à parcourir pour éliminer la grossophobie soit encore long, le rejet de celle-ci se répand progressivement.
Grâce à des tendances comme le body positive (et maintenant, le body neutrality), et à des influenceurs qui s’opposent à la haine, l’idée de s’accepter, de s’aimer et de prendre soin de soi se renforce.
Il ne s’agit pas d’excuser le surpoids ou l’obésité, ni les mauvaises habitudes ou la sédentarité. Mais il s’agit de se rappeler que le type de corps ne définit ni ne classifie les gens. Il n’enlève rien à leur façon d’être, à leur travail ou à leur opinion. Et que la liberté d’expression ne donne pas le droit de franchir certaines frontières.
Nous sommes tous pleins de préjugés. Beaucoup de gens pensent que derrière le surpoids se cache une personne paresseuse, avec des commentaires comme ‘elle est grosse parce qu’elle le veut, parce qu’elle n’a pas envie de perdre du poids’. Cela se passe comme dans tous les groupes discriminés, vous les invalidez, vous les déshumanisez. Nous réduisons la personne à sa taille. En outre, chaque personne est différente. Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles on peut être en surpoids : sociales, génétiques, médicales, endocriniennes, émotionnelles… Quelle que soit la cause, rien ne peut être utilisé pour juger le corps d’une autre personne.
L’impact de la grossophobie
L’impact de tels commentaires peut être néfaste, conduisant souvent à des brimades et à la violence. La lipophobie peut avoir des répercussions sur l’estime de soi, l’isolement, la peur, la honte, les troubles alimentaires, l’anxiété, la dépression et d’autres problèmes de santé mentale. Et, comme personne n’échappe aux normes sociales que nous avons intériorisées, nous avons probablement la même distorsion. Il se peut donc que nous ayons tous eu une attitude, un commentaire ou une pensée grossophobe à un moment ou à un autre. Les personnes obèses sont victimes de discrimination 24 heures sur 24, à la fois par les autres, mais aussi par elles-mêmes. On leur rappelle constamment leur poids, ce qui leur fait penser que leur corps est leur pire ennemi.
Profil d’un grossophobe
Il n’existe pas de prototype défini, mais certaines caractéristiques sont communes aux autres personnes qui détestent. Voici quelques lignes directrices. Pour posséder cette haine irrationnelle, il faut avoir cru fermement à des arguments qui, bien que non valables, sont très intériorisés. Le manque d’empathie, la difficulté d’introspection et de voir où est le problème, l’impulsivité, la faible estime de soi, le déficit de compétences sociales sont quelques indices pour identifier une personne qui exprime un malaise devant la grande taille.

Comment pouvons-nous la combattre ?
Une victime de la grossophobie souffre et a plusieurs façons d’y faire face. L’important est que ce soit avec l’aide d’un professionnel, afin de ne pas laisser les commentaires abusifs interférer avec leur bonheur. C’est facile à dire, mais le travail est énorme et peu de personnes peuvent le faire seules. Mais ce n’est pas sur eux que nous devons nous concentrer. Il n’y a sûrement aucune personne obèse qui n’ait pas reçu, à un moment ou à un autre, un type d’insulte ou de violence. Le travail doit être fait au niveau social, pour changer l’approche et la puce de celui qui déteste.
Cependant, il ne faut pas oublier que derrière un commentaire haineux, les deux parties souffrent : celui qui le reçoit et celui qui l’exprime.
Cette haine déclenchée par la grossophobie n’est rien d’autre que la mauvaise gestion des émotions, de la frustration, de l’envie, de la peur, de la tristesse …
Et, pour cette raison, l’insulte a plus à voir avec la personne qui la prononce qu’avec celle qui la reçoit. Quelques mesures que nous pouvons prendre :
- La première chose à faire est de demander à la personne qui la déteste pourquoi cela la dérange qu’une personne n’ait pas le poids considéré comme normatif. Se sent-il mieux après avoir jugé une autre personne, et se défoule-t-il en donnant une opinion que personne n’a demandée ?
- Un autre point d’attention est la psychoéducation. Commençons à éduquer nos enfants, à ne pas discriminer, à ne pas insulter, à ne pas s’envelopper dans ce halo de stéréotypes esthétiques, qui ne font que causer souffrance et frustration aux personnes qui ne correspondent pas au poids attendu. Et aussi d’enseigner comment gérer les émotions, car la colère est une émotion fondamentale qui, si elle n’est pas bien gérée, peut devenir incontrôlable.
Il faut s’enlever de la tête que les gros ne perdent pas de poids parce qu’ils ne le veulent pas. Aucun d’entre nous ne sait ce qui se cache derrière. Mais que nous le sachions ou non, les gens ne valent pas selon la balance. Si le surpoids est dû à des raisons médicales ou au fait qu’ils mangent trop… il n’y a jamais de raison de s’insulter.
Si le physique d’une autre personne vous met mal à l’aise, c’est le moment de vous regarder, de vérifier ce qui ne va pas, ce qui vous pousse à exprimer de la haine.

Posons une question aux détracteurs de l’internet : « Est-ce que vous vous promèneriez dans la rue en disant cela aux gens ? Est-ce que vous pensez avoir le droit de dire ce genre de bêtises, ces insultes ? Pourquoi pensez-vous que c’est légitime sur l’internet ?
L’empathie est un degré : que se passerait-il si quelqu’un parlait de vous avec autant de haine ? Se mettre à la place de l’autre permettrait sans doute d’éviter de nombreux commentaires. Et, bien sûr, éradiquer les commentaires mordants de notre langage quotidien.



2 commentaires
nadia haguenier
je pense profondément que chaque femme ronde mérite que l’on s’intéresse à elle avec toute la considération et le respect qui leur est dû.
La grossophobie est un des maux de cette société, le respect, la confiance en soi est malmenée de par le physique des femmes rondes, dans mon blog Femme ronde et heureuse, ce sujet est présent et je me bat humblement contre cet état de fait qui n’est que l’expression de l’incompréhension et le déni de ce que ces femmes vivent au quotidien, j’espère sincèrement qu’un jour les femmes rondes pourrons trouver la place qui leur est dûe dans ce monde ou tout est encarté, rangé dans des tiroirs d’une certaine pseudo normalité qui n’existe que dans le paraitre.
Rose
Nous sommes bien d’accord ! Et d’ailleurs, les femmes rondes étaient très appréciées avant, et le sont toujours dans de nombreuses cultures. Même la nôtre pour ceux qui ne sont pas influencés par les médias et qui ont leur propre jugement 🙂